Avez-vous une relation à l’argent?

La très grande majorité des êtres humains ne sont pas conscients d’avoir une relation à l’argent. Dans les pays francophones européens, ce sujet est tabou donc il est difficile d’avoir une conscience aiguisée de ce dont on ne parle pas. J’aime bien rappeler que le principe du sujet tabou est le suivant : moins on en parle, plus cela prend de la place.

Lors d’une récente intervention devant un groupe, je leur expliquais que nous projetons tous (inconsciemment pour la grande majorité d’entre nous) quelque chose sur l’argent. Les projections les plus courantes sont : sécurité, liberté, indépendance, confort, pouvoir, injustice, source de conflit, stress, angoisse, sale, etc.

Ceux qui ont tendance à économiser (nommés les écureuils) comme un but en soi (plutôt que comme une conséquence à une réussite professionnelle par exemple), ce qui était mon cas durant des dizaines d’années, projettent quelque chose de positif sur l’argent. Derrière ce comportement, le principe est le même : ce qui me manque à l’intérieur de moi (ma sécurité intérieure, ma liberté de faire ce qui est bon pour moi, mon indépendance d’esprit et de ne pas être influencé par le regard des autres, etc.), j’essaye de le compenser par quelque chose d’extérieur, en l’occurrence l’argent. Comme j’aime à le répéter, j’ai projeté ma sécurité sur l’argent et si j’avais été sécure intérieurement (autrement dit avec une bonne estime de moi, une confiance dans ma capacité à rebondir face aux aléas de la vie), il y aurait zéro raison de projeter ma sécurité sur quoi que ce soit à l’extérieur puisqu’elle est présente en moi. Comme la croyance est très forte (ma sécurité, indépendance, liberté ou autre) dépend de mes économies, les personnes fonctionnant ainsi continuent d’économiser en pensant que cela ira encore mieux avec plus et c’est sans fin (regardez les riches qui font tout pour en avoir encore plus). Je n’ai jamais vu (et je ne verrai jamais) quelqu’un réussir à compenser de manière durable ce qui manque à l’intérieur par quelque chose d’extérieur.  Ces propos ont bousculé certains de mes auditeurs et qui ne voulaient pas entendre qu’ils avaient un problème avec l’argent. Personnellement, je n’ai pas envie de dire de qui que ce soit qu’il a une pathologie ou un problème avec l’argent car cela n’amène rien de mettre les personnes dans des cases. Mais pour ces derniers, l’idée qu’ils économisaient pour les mauvaises raisons (rappel : comme un but en soi pour compenser ce qui manque à l’intérieur) n’était pas « entendable ». Ainsi, 2 participants sont venus vers moi à la pause avec la question suivante : quel est le seuil nécessaire pour être serein avec l’argent ? Je sentais derrière la question une envie de se rassurer que leur manière de faire était juste. Encore une fois, je ne suis pas là pour juger si les comportements des uns et des autres sont bons. Ma question est plutôt : est-ce que cette manière de faire vous rend pleinement serein, vous permet de vous déployer dans la vie avec confiance et joie ? Si la réponse est oui, ne changez surtout rien.

Être serein dans la vie ne dépend pas du montant de ses économies (si c’était le cas, cela se saurait et ce n’est pas mon expérience de conseiller en placements financiers).  Je n’affirme bien sûr pas que c’est pas bien d’avoir de l’argent. Si j’ai besoin d’un certain montant pour me sentir mieux, je suis dépendant de quelque chose d’extérieur pour mon bien-être. Chaque fois que je ne l’aurai pas (que mes économies fondent), je vais me sentir plus nerveux, stressé, aurai peur de manquer, voir serai agressif. Le plus important est de reconnaître ce lien de dépendance : c’est le premier pas et le plus important pour en sortir, si tel est votre désir.

Je terminerai par dire que « in fine », l’objectif de ce travail sur la relation à l’argent serait d’être serein dans sa vie quel que soit l’état de ses comptes. Tout un programme, vous en conviendrez.

Je reviendrai une autre fois sur la problématique de ceux qui n’arrivent pas à économiser.