L’amende est-elle le meilleur moyen pour faire obéir les êtres humains?

Il est courant de penser que dès qu’on introduit une amende pour ce qui est considéré comme un comportement “nuisible” ou incorrect, le comportement des citoyens change.

C’est probablement vrai si le montant en question est suffisamment dissuasif pour faire mal par son incidence sur ses propres finances ou si la personne amendée a la perception douloureuse qu’elle fiche son argent par les fenêtres autrement dit qu’elle fait un mauvais usage de son argent.

Par contre, si ce n’est pas le cas, les résultats peuvent être bien différents comme l’atteste cette étude mentionnée dans le Journal of Economics Perspectives en 2011.

1998, à Haïfa, en Israël. Les directeurs de crèche sont en colère : certains parents arrivent systématiquement en retard pour récupérer leurs enfants à la sortie !

Cela oblige le personnel à rester plus tard. Comment faire pour changer ce comportement ?

Deux économistes ont une idée : infliger une amende aux retardataires.
Ils étudient 10 crèches de la ville. Pour 6 d’entre elles, ils fixent pendant plusieurs semaines une taxe de 10 shekels (environ 2,5 euros) par enfant, pour tout retard de plus de 10 minutes. Et ils observent ce qu’il se passe.

Surprise : avec cette amende, les parents ne rentrent pas dans le rang, bien au contraire ! D’abord, les retardataires habituels arrivent de plus en plus tard. D’autres parents, auparavant ponctuels, se mettent aussi à venir en retard.
Pire encore : une fois le système d’amende abandonné, la mauvaise habitude s’est installée et les retards ne diminuent plus. Comment expliquer ce fiasco ?

En fait, pour les parents, l’amende est devenue le prix du droit d’être en retard ! Le comportement exceptionnel était auparavant toléré, gratuitement, par la crèche. Devenu payant, le temps de retard prend la forme, pour les parents, d’un nouveau service rendu : un temps de garderie supplémentaire !
L’amende a ainsi changé les termes du contrat moral passé entre la crèche et les parents.

Cette expérience d’économie dite “comportementale” peut servir d’avertissement pour les pouvoirs publics. Lorsque l’on cherche à réguler un comportement comme le tabagisme ou le stationnement gênant, il peut se passer la même chose qu’à Haïfa : le fait de payer “autorise” à enfreindre une règle

La sanction financière peut ainsi rater complètement son objectif. Elle s’avère alors moins efficace que la “règle morale commune”, qui suppose qu’on arrive à l’heure…
Cela montre aussi que les parents sont prêts à payer pour un peu de liberté, mais ça, tous les baby-sitters du monde le savent.”

J’aime beaucoup cette expérience qui montre que les résultats sont bien plus complexes qu’il n’y parait au premier abord.  Ainsi, communiquer avec les personnes concernées (quand c’est possible) pour leur expliquer les conséquences à un niveau plus globale, systémique, permettrait probablement de mieux responsabiliser chacun.